Louise van Sponkerverkrofchtenberg

Ma boîte à gants pourrait suffire à me présenter. Nostradamus, à moins que ce soit Jacques Lacan, ne disait-il pas : « Dis-moi ce que contient ta boîte à gants, je te dirais qui tu es ? » La liste d’objets insolites, dont je te fais grâce pourrait laisser supposer un soupçon de nymphomanie de ma part, c’est en tout cas ce qu’aurait dit Lacan (t’assoie), mais ne t’inquiète pas pour moi ! Je la revendique et l’assume à deux cents pour cent. Hérédité oblige si l’on en croit le roman familial qui lie mes gênes à ceux du célébrissime San-Antonio avec lequel ma mère, une ancienne Zouzou du vieux Achille, elle-même descendante lointaine de Messaline, aurait péché lors de l’une des célèbres aventures du non moins célèbre commissaire !

En fait, rien n’est prouvé à ce jour car ma mère, l’inénarrable Greet van Sponkerverkrofchtenberg, a connu beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup d’hommes (liste non exhaustive sur demande au cas où tu voudrais savoir si on ne serait peut-être pas un peu demi-sœurs). Et comme j’ai toujours refusé de recourir à un test de paternité… Sans doute la peur de voir s’effondrer mes rêves, d’apprendre que je ne suis pas la fille de l’illustrissime commissaire San-Antonio mais celle d’un quidam inconnu, d’un citoyen lambda, de monsieur Personne. Une erreur de jeunesse, le fruit défendu d’un malheureux hasard, l’histoire du spermatozoïde au mauvais endroit au mauvais moment… Je préfère l’expectative.

Aux dires de ma mère, j’aurais hérité de mon géniteur putatif certains travers. Notamment le travers de porc, si tu vois ce que je veux dire. Mais que les choses soient limpides entre nous. Quand un homme comme mon paternel présomptif se comportait ainsi, c’était un Don Juan, un dandy moderne, un tombeur, un séducteur, un bourreau des cœurs, un magicien du chibroque, le roi de la gaule… Quand une femme, comme ma mère ou moi, préfère baisser les pantalons que les repasser, elle n’est qu’une salope, une saute-au-paf, une catin, une putasse, au mieux une gourgandine…

Rimbaud, l’homme aux femelles devant et aux hommes derrière, disait “Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, elle sera poète, elle aussi ! ” Moi, je dis : « Poétesses et salopes de tous les pays, unissez-vous ! »

J’aurais certes préféré hériter de San-Antonio sa plume féconde, son style flamboyant, sa verve altière[1], sa tournure d’esprit détournée aux entournures, sa poésie, son humour dévastateur, son art du contrepet foireux[2], sa grossièreté parfois, partant du principe qu’un romancier poli ne vaut pas un roman policier, son inventivité, mais là, il faudra te contenter de ce que le Seigneur m’a accordé…

[1] Note à l’éditeur : j’ai bien écrit « verve ».

[2] Une centcinquantaine de contrepèteries se sont d’ailleurs glissées dans ce prodige de la littérature poilarde. Si tu les trouves toutes, tu gagnes un bon d’achat de 12 euros à La foufoune à Vénus, à réclamer auprès de Maître Ruban, notaire à Planqué-les-Miches.

Le livre de Louise van Sponkerverkrofchtenberg

Quand trépassent les autruches !

Les enquêtes ornithologiques de Louise van Sponkerverkrofchtenberg, fille putative du commissaire San-Antonio. Dans  »Pipo, Programme International de Protection des Oiseaux », y’a d’abord  »Programme », et ce premier opus de mes aventures,…

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